Mazzioli, une famille de mosaïstes venue du Frioul

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Mazzioli 4
Mazzioli 5

 

Dans nos projets nous présentons la restauration d'une façade Art Déco située au 40 quai Louis Blériot à Paris et datant de 1932. Cette façade arbore à son rez-de-chaussée, et à droite de sa porte d'entrée, la signature "Mazzioli". Mais comme nous le verrons plus tard, ils étaient deux à porter le même patronyme et à travailler sur cette même façade.

Hasard du calendrier, la restauration de cette façade a commencé en 2012, soit 80 ans exactement après sa création en 1932. Mais revenons à notre sujet.

Le nom Mazzioli pour le profane c'est l'arbre qui cache la forêt. Car derrière ce patronyme c'est toute une famille qui, sur plusieurs générations, a fait de l'art de la mosaïque une spécialité et un savoir-faire transmis de père en fils.

Le premier à avoir fait le chemin du nord de l'Italie jusqu'à Paris c'est Giacomo (dit Jean) Mazzioli. Il fut un parmi une poignée de mosaïstes qui seraient venus de Vénétie et du Frioul, et qui entre 1867 et 1875 furent embauchés par Charles Garnier pour décorer son Opéra. Garnier, qui ne manqua pas de faire jouer la concurrence pour tirer le meilleur parti d'un budget minoré, afin que le projet de l'opéra puisse être voté à la Chambre... Preuve que le problème des restrictions budgétaires reste, tout comme l'art de la mosaïque lui-même, intemporel !

Ainsi, au fil de mes recherches sur Internet je suis tombé sur une copie d'un devis datant du 29 mars 1866, adressé à "Monsieur Garnier architecte du nouvel opéra à l'opéra (agence des travaux) (Paris)", scellé à la cire, pour chiffrer "les mosaïques à exécuter à l'opéra" par "Mazzioli & Del Turco, entreprise de mosaïque, 170 rue St Dominique à Paris".

A première vue de ce document, on se rend compte à quel point on a perdu en âme, en style et en élégance, entre les devis d'avant et ceux d'aujourd'hui ! Mais regardant de plus près, on apprend que pour "les mosaïques smalt variées de couleur en fond jaune" le prix était de "deux cent vingt cinq francs le mètre superficiel", que "idem fond or décoration en smalt dessin riche à cinq cent francs le mètre superficiel", et que "idem fond or uni à six cent francs le mètre superficiel". Eh oui même à l'époque c'était cher !

Parmi les œuvres que cette famille exceptionnelle de mosaïstes nous laissé derrière elle : la voûte de l'avant foyer de l'opéra Garnier par Antonio Salviati, Gian-Domenico Facchina et Giacoamo Mazzioli, la façade du 40 quai Louis Blériot et l'immeuble Dorel 45, rue de Tocqueville à Paris par le fils de Giacomo, Philippe, et son neveu Georges Mazzioli. Mais aussi parties de la Galerie Vivienne à Paris, le gymnase rue Jules-Ferry à Juvisy-sur-Orge, les Bains-Douches de Bondy, ou encore l'école maternelle de Livry-Gargan.

Au hasard de mes recherches pour cet article, je me suis laissé surprendre par une curieuse découverte, en l'occurrence l'année de naissance de Philippe Mazzioli, doyen des deux auteurs de la façade du 40 quai Louis Blériot. Pourquoi cette date m'interpelle? Car en tant que restaurateur de cette même façade - sans oublier bien-sûr la formidable équipe qui m'a secondé dans cet ouvrage - mon année de naissance arrive 100 ans plus tard, exactement. Un autre hasard du calendrier.

Et vous, le hasard, vous y croyez ?

Olivier CHEHAB
Mosaïste, restaurateur

 

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